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Khelcom, retour sur un projet longtemps convoité par un soufi

Après l’acquisition de plusieurs daaras, Serigne Saliou Mbacké, cinquième Khalife de Serigne Touba avait manifesté le désir de se voir octroyer la forêt classée de Khelcom. Une attribution obtenue après plusieurs années de lutte et qui a soulevé les commentaires les plus acerbes contre la décision de l’ancien président de la République Abdou Diouf. Mais la belle réussite de son projet agricole à Khelcom a fait taire les plus critiques. Retour à Khelcom…

Entre le cinquième khalife de Cheikh Ahmadou Bamba et les daaras, c’est une veille idylle. Une longue histoire qui a permis à Serigne Saliou Mbacké de former plusieurs milliers de jeunes à l’apprentissage du Saint Coran, aux travaux champêtres et à l’éducation dans toutes ses dimensions. Les daaras de Serigne Saliou sont connus : Ndiouroul, Gott, Ndiadale, Ndoka, Gnénia, Ndiéné, Lagane, Mbour (…). Cependant le dernier fils de Serigne Touba sur terre n’avait pas disposé de toute l’étendue de terre qu’il voulait pour parachever tout ce qu’il avait envisagé de faire pour la voie du Mouridisme. Il lui fallait d’autres contrées pour caser les jeunes hommes qu’on lui confiait pour qu’il assure leur éducation. On est en 1986, Serigne Abdoul Lahad Mbacké est khalife des mourides et Abdou Diouf présidait aux destinées du peuple sénégalais.
C’est en ce moment que Serigne Saliou Mbacké l’idée d’acquérir la forêt classée (décidé depuis 1936 par l’autorité coloniale) de Khelcom puis déclassée en 1977. Souhaïbou Ndoye, disciple de Serigne Saliou et président du dahira « Nourou Mounirou » revient sur les démarches de son guide pour l’obtention de cette forêt. Le père de Serigne Cheikh Saliou n’hésite pas à s’en ouvre à son grand frère et khalife des mourides. «Connu pour son franc parlé légendaire, Baye Lahad répond à son petit frère que cette forêt est convoitée par plusieurs dignitaires religieux de différentes chapelles. Cependant le Gouvernement du Sénégal ne compte pas céder cette large espace de forêt. Qu’il arrive qu’il octroie des terrains à des zones proches de Khelcom mais jamais dans l’espace de cette forêt», lui répond le khalife général.
Serigne Saliou est retourné s’occuper de ses autres daaras. Cependant il n’avait jamais abandonné l’idée d’acquérir les terres de Khelcom un jour. Son projet était juste mis en veilleuse. Ce n’est qu’à 1986, confie Souhaïbou Ndoye, que Serigne Saliou est retourné chez son grand frère Serigne Abdoul Lahad. Il était encore venu à la charge. Mais le khalife général des mourides d’alors lui sert la même réponse. «Je veux juste que vous me disiez que j’aurai ces terres parce que si vous me dites, je les aura », demande Serigne Saliou à son frère. «Vous aurez tout ce que vous voulez par la grâce de ton vénéré père », lui rétorque. Serigne Saliou sort confiant qu’il aura les terres de Khelcom, raconte Souhaïbou Ndoye.
Cette phrase de Serigne Abdoul Lahad avait toute sa portée pour le cinquième khalife des mourides. Il était convaincu que ces terres allaient lui revenir. Il décide pour de commencer à poser des actes pour remplir les conditions administratives. C’est en 1986 qu’il écrit la première lettre aux autorités étatiques du pays pour demander officiellement que cette forêt classé de Khelcom lui soit octroyée. Les choses trainaient. Même si Serigne Saliou n’a jamais cessé de relancer les mêmes autorités. En 1990, sous le règne de Serigne Abdoul Khadre, Serigne Saliou décide d’accélérer les démarches. Il envoie Baye Moustapha Diaw, un de ses disciples auprès du gouverneur de la région de Louga d’abord. Souhaïbou Ndoye détaille que Serigne Saliou avait remis à son disciple deux papiers entêtés pour que l’autorité régionale lui dicte les conditions à remplir pour faire une telle demande.
D’ailleurs c’est ce même gouverneur qui a écrit pour le compte de Serigne Saliou la demande dans l’un des papiers entêtés. Après la demande, Serigne Saliou est retourné à ses activités. Entre-temps, Serigne Abdoul Khadre est rappelé à Dieu et Serigne Saliou devient le nouveau khalife général des mourides. On est en 1991. Cette accession de Serigne Saliou à la tête de la communauté mouride semble accélérer les choses. Puisque quelques temps après, renseigne Souhaïbou Ndoye, le président de la République d’alors délègue sa nièce pour qu’elle annonce à Serigne Saliou que la décision de lui céder les terres de Khelcom était prise. « Beaucoup de gens ont pensé que cette décision a été précipitée c’est parce que Serigne Saliou venait d’être khalife de l’une des plus grandes confréries du Sénégal. Et que Abdou Diouf était en train de vouloir lui plaire », dit un dignitaire mouride qui a requis le couvert de l’anonymat. Mais quoi qu’il en soit, l’Etat du Sénégal venait de céder au nouveau khalife les terres de la forêt classée de Khelcom large d’une superficie 45 000 Ha
« Cette attribution de Khelcom au cinquième khalife de Serigne Touba a suscité beaucoup de commentaires. Des gens comme Abdou Latif Coulibaly n’avait pas hésité à critiquer cette décision du Gouvernement de Abdou Diouf de mettre à la disposition d’une seule personne toute cette surface qui plus est une forêt classée », se rappelle un proche de Serigne Saliou. « Ces critiques ont poussé Abdou Diouf à rendre visite à Serigne Saliou pour lui dire que la décision de lui attribuer les terres de Khelcom suscite toutes sortes de critiques. Abdou Diouf n’a même pas hésité à solliciter des prières du Saint homme », se rappelle Souhaïbou Ndoye. Mais deux ans après Abdou Diou est revenu pour remercier Serigne Saliou puisqu’il avait bien exploité les terres et a fait taire toutes les critiques.
Dans la même année, le khalife général des mourides demande à tous les mourides de défricher cette large superficie sous la conduite de son fils Serigne Moustapha Saliou, explique toujours M. Ndoye. Le défrichage s’est fait deux ans durant avec beaucoup de sacrifice de la communauté mouride. « Ce défrichage s’est fait avec l’aide de l’Etat du Sénégal et Serigne Saliou n’a jamais cessé de parler de cet apport financier et logistique de l’ancien Président Abdou Diouf », souligne le « ndongo taryikha » de Serigne Saliou.
Ce n’est qu’en 1992 que les terres de Khelcom ont été complètement défrichées. C’est la même année qu’il a commencé la culture de la terre au daara 8 dit Darou Khoudoss. Il a démarré avec la culture de l’arachide et du mil » se souvient Souhaïbou Ndoye qui fait partie des premiers « Ndongos » de Serigne Saliou à être affectés à Khelcom. Réputé être un géomètre aguerri, le fils de Serigne Touba a, lui-même subdivisé la surface de Khelcom en 15 daaras. Serigne Saliou réorganise ses daaras et parvient à affecter plusieurs disciples à Khelcom. Après l’installation des 15 daaras en 1993, Serigne Saliou commence à cultiver et achète 24 tracteurs pour faciliter les travaux champêtres. C’est aussi l’année qu’il a décidé d’implanter des forages à Khelcom. Un projet qui a aussi porté par l’ancien chef de l’Etat Abdou Diouf.
Souhaïbou Ndoye revient sur l’organisation des daaras. Il explique que c’est le guide religieux qui a financé, sur fonds propre, la construction des 15 daaras. Chaque daara comptait 313 disciples. « Il avait choisi ce chiffre parce qu’il avait beaucoup de signification pour la religion musulmane. Déjà le prophète Daouda est parti en exil en compagnie de gens au nombre de 313. Le prophète Muhamed (Psl) a livré le combat de Badr avec ce chiffre et le Messager a même dit que le nombre d’anges qui était descendu le soutenir était au nombre de 313 », renseigne le dignitaire mouride.
C’est sur cette terre que beaucoup de disciples ont été formés. Le jour de son rappel à Dieu le 27 décembre 2007, Serigne Saliou comptait 11 000 disciples dans tous ses daaras en plus des anciens ndongos. Aujourd’hui, ses fils continuent à parachever le projet agricole de leur vénéré père.

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